Autrefois, les larmes giclaient dans la magma citadin pour tenter de dépoussiérer les alentours et de ce fait nettoyer mes plaies civiles. Aujourd'hui, depuis deux ans, elles coulent sans aucun timbre et je suis assommé de me voir si indécis. Le réveil sonne, je n'ai pas fermer les volets hier soir, admirer les étoiles asphyxiées derrière une couche d'ozone reste mon seul exutoire urbain. Je me lève, pisse, tourne en rond quand l'esprit n'est plus carré, déjeune parce qu'il le faut, m'habille, me déshabille, me pèse, me rhabille, me lustre des dents en émail plaqué, sang pleins les gencives, verre d'eau tiède, 3minutes ce n'est que dans le magazine de la santé. Au revoir/à ce soir, le "je vous aime" est resté sur le porte manteau. Je sors, direction le métro, poinçonne mon ticket forfaitaire, attends 62secondes, lis, regarde la masse, me sens comme l'intrus dans cette charade citoyenne. Je me demande alors combien de personnes sont en train de ressentir la même chose que moi à cet instant précis, puis je me demande combien de personnes sont en train de penser la même chose que moi à ce moment même tout en se posant cette même question, et cetera. Parfois, je me demande qui de ceux en train d'admirer mon style underground, ma mine grisée par le tunnel du métro et le mauvais éclairage de la rame, ne peuvent pas voir ma face parce que je les déprime. Sûrement, fréquemment. Peu importe. Je sors de la rame, marche, fume, regarde l'heure, 7:42 a.m shit, accélère le pas, 7:43 a.m, calcul mental rapide, un billet de retard c'est quoi dans une ... ? Je travaille, fais semblant, beaucoup semblant, souris, aspire à des jours verticaux, pisse, mâche, envie de goûter à ses lèvres, travaille, monte des escaliers bétonnés 3par3, serre des mains moites, tend la joue à quelques zoulettes oppressées par un fond de teint bon marché. Pisse, sors un marker noir de mon sac à dos et poursuis 27secondes la fresque des chiottes. Rend ma copie, au revoir/à demain/à bientôt/adieu/révise bien, sors, direction le métro, poinçonne mon ticket forfaitaire, attends 62secondes, lis, regarde la masse, me sens comme l'intrus dans cette charade citoyenne. Je me demande alors combien de personnes sont en train... Vous avez compris le système ? Sors de la rame, marche, entre dans un tabac, OCB slim/Le Monde/Freedent eucalyptus/désolé je n'ai pas de monnaie/merci/au revoir, fume, grignote, lis, lis, écris, écris de la merde et m'anesthésie avec Sizzla.
Demain est un nouveau jour, je rembobine.